13/07/2004

Lettre ouverte de Jean Mbanda aux « dirigeants » des familles politiques (Kigali, le 05.05.2000)

 Lettre ouverte aux « dirigeants » des familles politiques

FPR, MDR, PDC, PDU, PSD, PSR, UDPR

Mesdames, Messieurs,

Je prends la respectueuse liberté de venir auprès de vous afin de vous signifier mes appréhensions quant au rétrécissement progressif de l’espace démocratique au Rwanda constaté au cours de ces dernières années. J’estime que j’ai le devoir civique comme n’importe quel autre citoyen rwandais « conscient », de dénoncer à temps l’autoritarisme au Rwanda, au moment où tout le monde affirme que, c’est ce genre de mauvaise gouvernance qui a conduit notre pays dans les différentes crises cycliques, dont le paroxysme aura été atteint avec la réalisation du génocide perpétré par une partie des rwandais contre une autre, en avril 1994. D’aucuns diront que c’est un suicide (ou une folie) que je fais en posant cet acte (sans se rendre compte qu’ils confirment mes appréhensions !!) et certains autres ne manqueront pas de calquer ladite action sur une recherche de tapage publicitaire. Aux uns comme aux autres, je dirai qu’ils sont loin de la vérité, même si je peux comprendre que de longues années vécues dans la terreur, développent chez certains individus des mécanismes de défense pouvant les conduire, au nom de la survie, à poser des actes désavoués silencieusement par leur conscience.

Si je prends mon courage à deux mains pour ouvrir ce genre de débat, c’est d’abord parce que je suis de ceux qui croient qu’un bon gouvernement, c’est celui qui privilégie moins la paix que la liberté de son peuple, c’est aussi parce que notre loi fondamentale qui protège la liberté d’_expression me permet de croire qu’un Rwandais habitant le RWANDA et situé en dehors du Forum des partis et du Club des réfugiés politiques peut tenter de raisonner sainement et de partager ses opinions aux autres, en servant uniquement la PATRIE et sans être inquiété, c’est ensuite parce que le pouvoir en place actuellement , affirme souvent qu’il est ouvert au débat pluriel et contradictoire et que je le crois, c’est enfin fondamentalement parce que pendant ce trimestre de deuil national, je me sens interpellé par la mémoire des braves combattants qui ont beaucoup lutté pour l’instauration de la JUSTICE et de la SOLIDARITE au RWANDA, je cite Monsieur Ignace RUTAHANA, Monsieur Fidèle KANYABUGOYI, Monsieur Cyprien RUGAMBA, Monsieur Pierre Claver KARENZI, Monsieur Calipophore GATERA et bien d’ autres. Ils s’étaient re fusés d’adhérer à un quelconque parti politique malgré les sollicitations multiples et isotropiques des différents ………………….(une ligne de texte illisible).

Ils sont partis (requiescat in pace) et nous sommes là. Pourquoi, sinon pour pouvoir prendre le témoin et les relayer en honorant ainsi une dette politico-morale envers eux ? Avec eux, on comprenait facilement et l’atmosphère politique était respirable. Sans eux, tout s’est assombri. Je vous écris donc pour solliciter de votre part un peu de lumière en ce qui concerne la compréhension de certains concepts politiques tels que : PARTIS, TRANSITION, LEADERS POLITIQUES, DEMOCRATIE, JUSTICE, SOLIDARITE, DEVELOPPEMENT, DROITS DE L’HOMME, ETAT DE DROIT, etc.

Dans ce qui va suivre, je vais m’interroger en premier temps et avec vous sur les PARTIS POLITIQUES, LA TRANSITION POLITIQUE au RWANDA et le PROFIL des CHEFS de « PARTIS » et je reviendrai sur les autres points d’ombre dans une correspondance ultérieure si Dieu le permet.

  1. DES PARTIS POLITIQUES AU RWANDA

Les travaux combinés des chercheurs comme Max Weber, Tocqueville, Jean Charlot, Maurice DUVERGER et surtout Joseph La Palombara et Myron Weiner nous ont montré que pour qu’une association soit identifiée comme parti politique, il faut qu’elle remplisse concomitamment les critères suivants :

  1. Une organisation durable, dont l’espérance de vie est supérieure à celle de ses dirigeants en place. Ce critère différencie les partis avec de simples clientèles, factions et camarillas qui, elles, disparaissent avec leurs fondateurs et animateurs.

  2. Une organisation bien établi, entretenant des rapports réguliers et variés à l’échelon national. Ce critère singularise le parti par rapport au simple groupe parlementaire.

  3. La volonté délibérée des dirigeants nationaux et locaux (de ladite organisation) de prendre et d’exercer le pouvoir, seul ou avec d’autres. Ce critère différencie les partis des groupes de pression qui, eux, n’existent que pour influencer le pouvoir.

  4. Le souci de rechercher le soutien populaire à travers les élections. Ce critère oppose les partis aux clubs qui, sans vouloir entrer ouvertement dans le combat politique, jouent souvent le rôle de « brain-trust » d’un leader ou de laboratoire d’idée d’un parti.

  5. La capacité enfin, de concourir à la formation et à l’_expression de la volonté politique. Ce critère précise bien les fonctions du parti qui sont de trois types : former l’opinion, sélectionner les candidats et encadrer les élus.

Après lecture de ces critères, pensez-vous que ce que vous prétendez diriger, chacun en ce qui le concerne, peut être identifié comme parti politique ? Croyez-vous qu’il y a une seule famille au RWANDA remplissant au moins un des cinq critères ci-haut mentionnés même s’il faut les réunir tous pour être qualifié de parti politique ? D’après vous, sommes-nous dans un système multipartisan, bipartisan, à parti dominant ou à parti unique ? Quelle idée vous faites-vous des Rwandais quand vous tentez de leur faire croire que par exemple le PSR ou l’UDPR sont des partis politiques au même titre que le PSD ou le FPR ?

Que pouvez-vous dire de l’assertion qui affirme qu’actuellement, le renforcement des partis en programmes et moyens transforme ce dernier en COMITE CENTRAL D’UN PARTI UNIFIE avec des sections du genre DEMOCRATIE et REPUBLIQUE, DEMOCRATIE SOCIALE, DEMOCRATIE LIBERALE, UNION POPULAIRE, etc… ?

A votre avis, y a-t-il des moyens autres que le multipartisme réel, qui nous permettrait d’endiguer une nouvelle crise éventuelle pouvant générer des débordements de toutes sortes ? Vous arrive-t-il d’avoir le courage de traiter avec objectivité ces questions ? Sinon, vous rendez-vous compte alors que vous êtes entrain de d’hypothéquer l’avenir d’un peuple qui, sorti des affres du GENOCIDE, vous a cru et a adhéré béatement à votre discours ? Et « l’histoire » ? Pensez-vous qu’elle pourra vous ménager lorsqu’elle devra prononcer son verdict ? Et si par malheur « le pouvoir personnel » que vous êtes entrain d’instaurer nous conduisait dans des malheurs presque similaires à ceux que nous avons traversés, auriez-vous le courage de ne pas vous cacher dans la quatrième catégorie et vous afficher vous-mêmes dans la catégorie n°1 (souvenez-vous que la catégorisation des responsabilités est de votre génie !)

Le troisième critère précise que pour qu’une association soit qualifiée de parti politique, il faut que ses dirigeants soient animés d’une volonté délibérée de prendre et d’exercer le pouvoir. Comment interprétez-vous cela ? Pensez-vous que la lecture machiavélique de la politique est la seule possible ? Ceux qui ont lu le PRINCE de MACHIAVEL se souviennent-ils de la récompense que César Borguia réserva à Messire Rémy d’Orque, et qui fit tout le peuple demeurer en même temps sat isfait et stupide ? Non, faites-moi réellement comprendre ce que vous entendez par PARTIS POLITIQUES et ce que vous attendez d’eux ! Si vous ne savez pas cerner la dimension réelle d’un parti politique, alors dites-vous bien que vous êtes entrain de nous enfoncer profondément dans une crise anomique, l’anomie étant l’indicateur d’une société sans structures, sans normes et sans préceptes de comportement de sorte que l’individu ne sait comment orienter sa conduite ! Toujours à propos de l’anomie, je me dois de vous rappeler que son corollaire est l’émergence de « montreurs de conduite » et d’agents charismatiques que vous semblez pourtant tant redouter. Ese mwebwe bayobozi b’amashyaka, iyo mubuza abayoboke b’amashyaka yanyu kubagira inama muvuga ngo : « NIMUSIGEHO BATATUMENA » ubwo muba muvuga neza ubutegetsi murimo ? Ese iyo mvugo yo kumena mwumva iba idashinja ubutegetsi kandi wenda atari byo ? Ese uko mubizi ibyadutse byo « GUTESHA ABAYOBOKE UMURONGO » ni imyitwarire iranga ingoma zimeze zite ? Harya uko mubizi hari ishyaka rigizwe n’umuntu umwe cyangwa agatsiko gafite ibyo kumvikanaho ribaho ? Oya nimusigeho ! ! !

  1. DE LA TRANSITION POLITIQUE AU RWANDA

Politiquement et dans le cas concret du RWANDA, la transition a été perçue comme un espace temporaire qui devait permettre le passage sans heurts d’un Etat TOTALITAIRE à un ETAT de DROIT. S’il est vrai qu’un ETAT de DROIT ne peut être installé du jour au lendemain, il n’est pas moins vrai que la grande appréhension qui habite souterrainement les pudiques non dits des Rwandais est de savoir si un jour leur patrie deviendra enfin un ETAT du DROIT qui serait plus juste qu’un ETAT de DROIT.

Cette appréhension est apparemment fondée sur les interrogations suivantes pour lesquelles les abaturage ne trouvent pas de réponse et que je vous prie de m’aider à élucider.

  1. Le transition telle que pensée et proposée à Arusha a-t-elle jamais été commencée ? Si elle a commencé, peut-on savoir quand et comment ? Peut-on aussi savoir quand et comment elle pourra se terminer ? Quels sont les mécanismes de suivi et d’évaluation de la réalisation de la transition, qui devraient nous prémunir, contre « l’artisanat » politique et nous épargner de voir la prorogation d’échéance de la période susmentionnée se faire selon la simple volonté de quelques dirigeants, alors que ça devrait être une affaire d’Etat ? Peut-on savoir si ce qui était Gouvernement de Transition à Base Elargie (GTBE) est devenu Gouvernement d’Union Nationale ? Si l’union nationale peut être considérée comme un leitmotiv contenant le message de tout un programme, pourquoi alors l’Assemblée Nationale de Transition n’a-t-elle pas été appelée également Assemblée Nationale d’Union Nationale ? Ne pensez-vous pas que ceci aurait le mérite de « gommer » la transition, de privilégier la COHERENCE et d’expliquer le mode d’agissement consensuel que l’ANT a actuellement adopté contrairement à la loi fondamentale ? Puisqu’on parle de l’Assemblée Nationale de Transition, peut-on savoir à qui rendent compte les honorables membres de cette auguste institution ? A leurs propres partis politiques qui sont pressentis comme étant leur « réelle » circonscription ? Non, parce que tout montre qu’ils échappent au contrôle des pseudo-dirigeants de partis politiques. A qui alors ? Au FORUM ? Au Président de la République ? Au peuple ? A qui réellement ? Doit-on les observer avec impuissance, enfreindre avec persistance la loi fondamentale et les autres lois kandi binyuranije n’indahiro yabo ? Kubirebera utagize icyo ubivugaho ntibwaba ari bumwe mu buryo bwo kwimakaza ingeso yo kudahana ? Nimutiga kubivuga mu nzibacyuho se ni ryari muzabivuga ?Ese abo BADEPITE b’ubumwe ko badatinyuka gutumiza Perezida wa Repuburika (cyangwa se minisitri w’ingabo) kugira ngo asobanurire abaturage iby’intambara ibugarije, bategereje ko yibwiriza ? Ese aho ntibaba ari abadepite ba Perezida kurusha uko ari abadepite b’amashyaka cyangwa kurusha uko ari abadepite b’abaturage ? Ari byo se ubwo twaba turi mu nzibacyuho koko cyangwa ibintu byaba byarakomereje aho byari bigeze ?

  2. Certains auteurs (W.A LEWIS) affirment que le parti unique marque l’aboutissement d’une évolution qui part du multipartisme, passe par le bipartisme inégalitaire pour arriver au parti unifié, dernière étape avant la parti unique. Les raisons avancées pour l’évolution vers le parti unique sont partout les mêmes et sont sous-tendues par trois arguments principaux à savoir : l’intégration nationale, la modernisation économique et l’homogénéité sociale ! Ne pensez-vous pas que ce cliché fait actuellement autorité au Rwanda ? Autrement dit, ne croyez-vous pas que vous confondez sciemment TRANSITION et L’EVOLUTION précitée ? N’a-t-on pas l’impression que lors des négociations, certains ont accepté la transition en la concevant comme un conclave dans lequel ils allaient fondre toutes les conventions (Accords de paix et autres) pour les verser dans un moule étudié afin de produire à la sortie un pouvoir « sur mesure et sans partage » ?

  3. Au milieu des années 50, Carl Friedrich a caractérisé le totalitarisme par six traits fondamentaux et la lecture de Z. Brzezinski, et D. Colas permet de les compléter avec quatre autres. Nous pouvons donc dire que le totalitarisme qui est synonyme de dictature se définit par la réunion de dix critères suivants qui doivent tous être présents pour que la notion soit appliquée avec validité.

    1. Une idéologie officielle constituée d’une doctrine officielle couvrant tous les aspects vitaux de l’existence humaine et à laquelle tous ceux qui vivent dans la société sont supposés adhérer, au moins passivement.

    2. Un parti de masse unique comprenant un nombre relativement faible de la population totale (pas plus de 10%) d’hommes et de femmes dévoués avec passion et sans réticence à l’idéologie et cherchant par tous moyens à promouvoir son acceptation généralisée. Un pareil parti est organisé sur un mode strictement hiérarchique et oligarchique.

    3. Un quasi monopole, techniquement conditionné, du pouvoir sur tous les moyens de combat armé effectif. Ce monopole est entre les mains du parti et de ses cadres, c’est-à-dire soit de la bureaucratie, soit des forces armées.

    4. Un quasi monopole, techniquement conditionné, du pouvoir sur tous les moyens effectifs de communication. Il est lui aussi dans les mains du parti.

    5. Un quasi monopole des moyens de production et de l’économie dans son ensemble qui obéit à une planification centralisée.

    6. Un système de pouvoir policier terroriste, s’appuyant sur les monopoles de la violence et des moyens de communication, qui n’est pas seulement dirigé contre des « ennemis » du régime mais aussi contre des catégories arbitrairement sélectionnées de populations.

    7. Le passage des catégories de la guerre à celle de l’hygiène sociale consistant à stigmatiser certains groupes comme nuisibles, parasitaires et quelques fois assimilés à des insectes dont la dangerosité ne tient pas à une volonté malveillante mais à une malfaisance naturelle. Ici apparaît la naturalisation du social qui est très voisine et pire que le racisme.

    8. La fusion du parti-Etat et de la société civile qui consiste à voir les cadres du Parti-Etat envahir (ou récupérer) la direction des groupes d’intérêts (organisation professionnelle, syndicats ouvriers, groupements féminins, associations à revendications paysannes, etc…) et celles des groupes d’idées (groupements idéologiques et confessionnels, groupements de condition, société de pensée et les clubs).

    9. A condamnation de la moindre espace de liberté dans la famille, la société civile ou l’Etat. Le parti veut tout savoir sur tout et partout.

    10. Le projet de construire une société régulée par une idéologie unique, commandée par un parti-Etat unique, visant à produire une société unifiée où les divergences et la compétition ne sont point tolérables et qui finit par échouer soit part l’apparition d’une caste bureaucratique elle-même clivée en groupes rivaux, soit sur la répression de masse, soit sur la faillite économique.

 

En comparant la situation politique qui prévaut actuellement dans notre pays et celle qui prévalait avant avril 1994 à cette grille de définition de la dictature, y a-t-il l’un ou l’autre critère qui n’était pas rempli avant 1994 ? Y en a-t-il un seul qui ne soit pas rempli actuellement ? Pouvez-vous vous appuyer sur la réponse à cette dernière question pour déterminer si oui ou non on est dans un régime totalitaire ? Au cas où il apparaîtrait qu’on est aujourd’hui dans un régime totalitaire, pensez-vous qu’il soit honnête d’affirmer qu’il y ait eu transition ? Si quelqu’un persiste à nous faire croire qu’il y a transition, cette honorable personne pourrait-elle nous dire le seul critère que vous, dirigeants de familles politiques, avez tenté de corriger ces six dernières années ? Ne croyez-vous pas que la transition devrait prendre effet à partir de l’instant où un parti manifesterait la volonté de rectifier l’un quelconque des dix critères ci-haut mentionnés, et qu’elle (la transition) devrait prendre fin dès lors que la rectification dudit critère serait entièrement réalisée. Puisque le dixième critère nous renseigne que le projet de construire une société régulée par une idéologie unique commandée par un parti unique finit toujours par échouer (les exemples font légion), pensez-vous qu’il soit réellement intelligent de cautionner ce genre de projet ? Est-ce que la cécité politique ne serait pas entrain de vous amener à vous comporter comme les pauvres paysans de l’historique camionnette du Docteur GASARASI ?

Si vous deviez faire une étude comparée du comportement des trois régimes (MDR, MRND, FPR) sur les cinq premières années de leurs règnes respectifs (63-68, 74-79, 95-00), dans lequel de ces régimes retrouveriez-vous les éléments suivants : 1° la récupération du pouvoir par les armes avec éventuellement la logistique d’un pays étranger, 2° l’absence d’un projet de société, 3° l’installation d’un président virtuel et intérimaire, 4° le phagocytage des autres partis politiques,

5° le discrédit interne de certains leaders charismatiques (gutesha umurongo) et

6° l’instauration d’une monarchie pseudo-républicaine. ?

Pensez-vous que les similarités que l’on pourrait constater ne seraient pas trop alarmantes ? Qui, du PARMEHUTU et du FPR emprunte à l’autre les méthodes de gouvernance ? Doit-on penser qu’ils ont toujours consulté les mêmes bureaux d’étude sans le savoir ? Ou que notre culture contient des germes bloquants qui enlèvent à nos analystes politiques la capacité de se soustraire à toutes les représentations tant individuelles que collectives ? Ne pensez-vous pas que si la transition pouvait servir d’abord à combattre les préjugés, elle sauverait la nation rwandaise et permettrait d’accéder un jour à un ETAT du DROIT, REEL ?

 

  1. DU PROFIL DES CHEFS DES PARTIS

Lors de l’avènement du multipartisme dans notre pays, nous avons assisté à l’émergence de toutes sortes de partis politiques. On a vu naître des partis de cadres (PSD, PL), des partis de masse qu’on appelle aussi révolutionnaires-centralisateurs (FPR, MDR, MRND) et des partis pragmatiques-pluralistes (les autres) qu’on appellera plus tard partis satellitaires. Les deux premiers types de partis donnaient l’impression d’être fortement structurés et avaient à leur tête des équipes dirigeantes apparemment compétentes et bien soudées. Malheureusement pour et par opportunisme, elles devront imploser les unes à la veille de la réalisation du génocide en 1994, les autres plus tard. Par la suite, on a vu apparaître à la tête des partis, le club de Byumba. A l’exception d’une ou deux personnes, aucun autre membre du club de BYUMBA ne remplissait les conditions de leader, mais malheureusement, ce sont ces derniers qui récupéreront les directions de Partis.

Personnellement, je n’ai pas compris et je ne comprends pas pourquoi le FPR n’a pas pris en ce temps ses responsabilités. Plus loin, la brèche étant ouverte, on verra s’infiltrer des HUTU de service, des RESCAPES de service et enfin des RAPATRIES de service. Ces amalgames, placés à la tête de ce qui devait s’appeler partis politiques et affaiblis par l’hétérogénéité de leurs composantes, vont tenter de se renforcer en trouvant refuge dans ce qu’on a appelé FORUM DES PARTIS, ce dernier faisant penser à un organe d’exécution d’un parti unifié (dernière étape vers le parti unique où les partis d’opposition se trouvent éliminés soit par exclusion, soit par coalition ou soit par absorption et où les différents partis rescapés décident de s’unifier sous l’égide d’un plus puissant) (A. LEWIS). A ce niveau donc, il n’y a que des silhouettes des dirigeants, commis d’un certain Charles ! !

Pour poursuivre, on peut encore relever que lesdits dirigeants des « so called political parties », membres du FORUM, ont tous en commun la caractéristique de s’être AUTOPROCLAMES. Néanmoins, j’estime personnellement que ce n’est pas le plus grave car, non contents de s’être autoproclamés, ils poussèrent l’outrecuidance jusqu’à se substituer entièrement aux adhérents et tentèrent d’assurer leur arrière-base en utilisant l’appareil de l’Etat comme instrument de prédation qui devait leur permettre d’accumuler les richesses.

Dans leur entendement, cette accumulation doit générer un pouvoir coercitif nécessaire à la défense de la situation acquise. Des fragments de ce pouvoir seront même utilisés pour créer des transfuges de tous bords et favoriser le renforcement du Forum, cadre informel, illégitime et illégal, qui viendra même surclasser les institutions de l’Etat légalement reconnues. L’Etat prédateur étant confirmé, la mentalité du gain facile s’installe, le système clientéliste fonctionne à merveille et la dégradation politique est à son comble à telle enseigne qu’on verra de pseudo nyangamugayo recourir au mensonge pour aboutir à des fins non avoués (ici, les honorables Tito RUTAREMARA et Médard RUTIJANWA voudront m’excuser mais je pense qu’ils sont de ceux qui ne devraient pas tenter de faire objection).

Subséquemment, nos chers dirigeants de « partis » vont se sentir investis à tort, du pouvoir de faire et défaire à volonté les carrières politiques de ceux qui n’auront pas voulu que l’on privilégie la cléptocratie (kuva inda irya) au détriment de la fraternité (kuva inda imwe). Ils se permettront même de commettre des erreurs politiques au nom de « leurs abayoboke » (comprenez que atari abayoboke b’ishyaka). Pour illustrer cela, je voudrais chers compatriotes vous rappeler quelques unes de ces erreurs politiques qui vous incombent (à vous et non aux partis) et qui sont inhérentes aux derniers événements politiques qui viennent de se produire dans le pays, car cela est encore présent dans nos mémoires.

1° Vous voudrez m’excuser et me permettre d’affirmer que vous n’avez pas consulté vos bases (si petites soient-elles), et que vous avez de votre propre initiative posé l’acte de soutien au candidat Président , cela dans une logique partitocratique (la partitocratie veut que les dirigeants des partis récupèrent la souveraineté des adhérents et l’exploitent pour se partager entre eux le pouvoir et l’avoir national, sans plus). Ce faisant vous avez instauré sciemment une monarchie absolue (au sens radical du terme mais non pas nécessairement négatif) dans laquelle le monarque s’appelle PRESIDENT de la REPUBLIQUE et où le club d’ABIRU n’est rien d’autre que le FORUM des PARTIS, sans imaginer un seul instant que des observateurs malveillants pouvaient insinuer que ce qui se fait depuis une année au Rwanda n’est qu’un montage savant pour réaliser un coup d’Etat Civil. La démarche préalablement proposée est inversée (quel brusque renversement de sens et de direction). Plus rien ne vient d’en bas, il n’y a plus d’échange mais allocation, qui suppose un double mouvement, mais à projection. La lumière ne vient plus d’en haut. Le miroir déformant est en place et un groupe de pseudo-penseurs peut se contempler de manière auto-satisfaite en croyant représenter un peuple qui ne sent concerné qu’en tant qu’auditeur, disciple ou témoin. Tant pis alors si la culture de sujétion semble se réinstaller au détriment de la culture de participation dont pourtant vous ne cessez de faire éloge dans vos discours ! Ainsi aurez-vous aidé à renforcer la réinstallation de la dictature.

2° Sans vouloir me substituer aux comités directeurs des « partis politiques », je pense, et vous pourrez me corriger si je me trompe, que lors de la présentation des candidats Présidents la loi fondamentale a été bafouée en plusieurs endroits, mais je ne parlerai ici que d’un cas banal de courtoisie outrancière frisant l’ingérence. En effet, si on admet que le Général Major Paul KAGAME fut le candidat des partis politiques (MDR, PL, PDC, PDI, PSD, PSR, UDPR), le FPR n’aura présenté qu’un seul candidat, à savoir Charles MULIGANDE. Or, cette procédure n’étant prévue par aucune loi, on peut penser que le FPR a incidemment présenté le Général Major Paul KAGAME sur sollicitation des autres partis politiques, ladite sollicitation devant être perçue comme une coercition ou, à la limite, comme une interférence des autres partis dans les affaires du FPR. Dans ce cas d’espèce, la jurisprudence devait faire autorité et la procédure de présentation des candidats recommencée. N’avez-vous pas encore en mémoire le cas MAKUBA lors de sa présentation comme candidat du PSD à la Présidence de l’Assemblée (ce n’est pas loin de la Présidence de la République) ? Une action des partis, similaire à ce qu’on vient de citer plus haut fut posée, taxée d’ingérence et condamnée. La procédure fut recommencée. A mon avis, le cas devrait faire jurisprudence. A moins alors que le dernier schéma fut fait sous instigation du FPR, auquel cas on pourrait parler de MANIPULATION.

Dans l’un ou l’autre scénario, la loi fondamentale serait bafouée, ou dans sa lettre, ou alors dans son esprit.

3° Afin avec tout le respect que je vous dois, je peux me permettre de vous faire remarquer que votre récent positionnement accuse un défaut de prospective. En effet, quiconque observe le paysage politique rwandais depuis une année peut affirmer sans ambages qu’il y a une crise sans précédent dans les annales politiques tant nationales qu’internationales car on observe pour la première fois une panne générale et simultanée des institutions. Dans une intervalle ne dépassant pas six mois, on a vu tomber le Président de la Cour Suprême, le Président de l’assemblée Nationale, le Premier Ministre et le Président de la République. Au lieu de chercher à connaître les causes de ladite crise, de les comparer avec celles des crises précédentes (le colloque de BAMAKO aurait été ici d’une grande utilité puisque Messieurs Charles MULIGANDE, Tito RUTAREMARA et Stanley SAFARI y étaient et sont membres influents du FORUM), d’en étudier les incidences possibles sur notre société, et d’en chercher les remèdes et les effets seconds pour pouvoir endiguer à temps la crise qui couve, et installer des instruments de prévention pour les crises éventuelles à venir, vous vous êtes précipités pour appliquer la loi du clou qui en chasse l’autre (ngo nayo ihita ifatwa mu rubaho) sachant pertinemment que cela ne résolvait en rien le problème.

L’amour de la PATRIE aurait dû vous commander de conseiller au Général-Major Paul KAGAME de

  1. Annoncer officiellement sa volonté d’accéder à la magistrature Suprême à travers les premières élections libres et démocratiques qui attendent pour être organisées, au lieu d’y être forcé (Ibyifuzo bya FORUM n’iby’inzego z’ibanze hari icyo byibukije kandi kitari cyiza ! !).

  2. Démissionner comme Vice-Président de la République par cohérence et courtoisie car la démission du Président de la République entraînait ipso facto celle du Vice-Président, étant entendu que la navigation de notre pays pendant ces cinq dernières années était sous l’égide de « leur » sage et bicéphale houlette.

  3. Démissionner du Gouvernement (comme Ministre de la Défense) en confirmant ainsi aux Rwandais sa volonté d’alternance politique. Il aurait été le deuxième à poser politiquement un acte positif car à ma connaissance, Monsieur Pasteur BIZIMUNGU (ancien Président de la République) aura été le premier et le seul jusqu’à présent. Ici je peux oser me joindre aux autres pour féliciter sa grandeur d’âme, sa générosité, sa vision et surtout son courage. Son geste à lui seul constitue une école de patriotisme.

  4. Démissionner réellement de l’armée car cela aurait tranquillisé les Rwandais qui se seraient alors rendu compte que dans l’armée Patriotique Rwandaise, il existe franchement plusieurs RWIGEMA (Imana imuhe iruhuko ridashira !) comme d’autres KAGAME (Imana ikomeze imufashe).

  5. Renforcer sa position politique au sein du Front Patriotique Rwandais (ou au sein d’autres formations politiques, pourquoi pas ?) sans faire peur mais en étant juste et en respectant scrupuleusement la loi fondamentale surtout en ce qui concerne le contenu de la partie relative au partage du pouvoir.

  6. Desserrer l’étau de l’appareil policier afin de permettre aux Rwandais de vivre librement sans les contraindre à vivre ou à se comporter selon un modèle non encore défini. Car en fait, la raison du Rwandais (tout comme celle de l’Athénien classique) s’accommode fort bien d’une vision du comportement, en manifestation publique comme en manifestation privée de l’existence, sans souffrir apparemment de schizophrénie.

  7. Oser ouvrir concrètement le débat politique en libérant les partis politiques et les groupes de pression tout en supprimant le Forum des partis qui n’a rien de légal ni de légitime et prouver ainsi qu’il peut franchement tolérer un débat pluriel et contradictoire.

  8. Redorer son blason pendant ces trois prochaines années en cultivant son entregent et en concevant un projet de société pouvant améliorer notre capacité extractive, distributive, régulative comme on l’a si bien fait avec la capacité responsive) afin de se présenter avec de bonnes chances au starting block pour la prochaine course au pouvoir démocratique.

 

Ces conseils lui auraient évité, comme homme d’Etat d’une nation qui se cherche, d’être confronté à une révolution quadripolaire, celle nationale, celle de l’autorité, celle de la participation et celle du bien-être sans pouvoir avancer dans les quatre directions tout de suite et à la fois. Il bénéficierait ainsi d’un temps pour asseoir son programme et fixer les priorités, et cela permettrait aux Rwandais d’entrevoir enfin l’aube d’une transition réelle..

Pour ne pas m’éterniser sur ces éléments, ,je prends la liberté de suspendre ici ma contribution et me propose de m’entretenir avec vous la prochaine fois sur : LA DEMOCRATIE, LA JUSTICE et LA SOLIDARITE. J’ose espérer que vous le prendrez avec sportivité et vous demande de vous adresser une dernière prière avant de terminer : « N’ayant pas fait que ce qui est juste soit fort, essayez s’il vous plaît de faire que ce qui est fort soit juste »

Fait à Kigali, le 05.05.2000

Hon Jean MBANDA

B.P. 1621 KIGALI

Tél/Fax 72695

 

 
13-07-2004




© RWANDANET 2004



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